mardi 1 mars 2011

Eh bien, mon monde est drôlement fait...

Y'a pas plus de trois ans et demi, j'entrais dans un centre de désintoxication au Nouveau-Brunswick, en me disant: "C'est la dernière nuit, c'est le dernier jour de malheur. Maintenant ma vie va changer pour le  meilleur!" Je me suis trompée...

Cette dernière nuit justement, je l'ai passé avec ma meilleure amie "Apple", ma meilleure amie du temps... J'ai dormi avec ma bouteille d'Appleton Estate, couché sur ma deuxième oreiller. Je lui ai parlé longtemps du goulot jusqu'au fond. Je l'ai caressé. J'ai pleuré beaucoup. J'ai versé des larmes de remord en lui promettant que je vais l'aimer toute ma vie et que je la remercie d'avoir été à mes côtés pour les quinze dernières années passé. J'ai goûté sa saveur, les yeux fermés, en priant une force supérieur, s'il existe, de m'aider à me séparer d'Apple sans trop de peine.

Jusqu'à la toute fin ou plutôt, le tout début de l'arrivée, j'ai pleuré, j'ai pleuré! "Je ne veux pas me séparer de toi Apple mais, il le faut sinon, je vais mourir! Je vais y laisser ma peau! Je t'aime tellement mais, je dois te quitter...". Quelle déchirure j'ai vécu ce soir là. Je me rappelle de sa robe dans le coffre de la voiture, je goûte encore son essence sur mes papilles gustatives. Les yeux fermés, la main vers le ciel, j'avale la dernière gorgée! LA DERNIÈRE de toutes les gorgées! Je sens encore le soleil qui de son clin d'œil, me rappelle que dans les maritimes, avec la demi-heure d'avance, je suis en train de profiter car, je suis en retard dans mon abstinence...

Depuis tout ce temps de consommation, j'avais appris à ne rien paraître de mes émotions. La femme me demande:" Quand est-ce la dernière fois que tu as bu? Me dis-je dans ma tête:" Je viens de boire mon dernier 26 onces de rhum une minute avant d'entrer et tu ne te rends pas compte de mon état avancé d'ébriété?". C'est la merde. Quand t'es rendu à boire plus d'alcool que la salive que tu avales et que personne ne s'en rend compte, c'est qu'il est vraiment temps que tu arrêtes.

Et en ce mois d'avril 2007, j'ai appris à vivre sans alcool dans mon quotidien. On a vérifié mes bagages dès mon arrivée dans ma chambre mais, on a oublié de fouiller mon sac de cosmétique. Même moi, je n'y aurais pas pensé. Quand après 2 jours de thérapie, 4 formations d'informations sur les conséquences de l'abus relié à l'alcool, 8 douches pour passer l'anxiété, 6 repas débordant de sucre et de miel pour combler le manque sucré de l'alcool... J'ai bu, j'ai saucé ma langue au bec d'un échantillon de parfum... On avait oublié de m'enlever au travers de mon "eyeliner" et de mon rose à lèvre, mon parfum. J'y ai goûté et j'ai savouré ce goût de savon sur ma langue parce que c'est le seul alcool que j'ai trouvé à boire. Ce n'était pas facile. Mais j'ai résisté par la suite. J'ai obéis et j'ai fais ma prière de Sérénité. Des dizaines voir même des centaines de fois en 9 jours.

"Mon Dieu, donnez-moi la Sérénité d'accepter les choses que je ne puis changer, le Courage de changer les choses que je peux et la Sagesse d'en connaître la différence."

Le "Notre Père" aussi a été dicté dans certaine journée. Les mains liées, s'est formé une force entre nous, les condamnés du moment présent, les rescapés du bas fond. De nous douze, deux personnes ne rechuterons pas dans la première année et je fus de ce statistique. Après 21 mois d'abstinence, plus d'un an, j'ai choisi de prendre LE premier verre d'alcool. J'en avais marre de penser chaque jour de me priver. J'en avais vraiment assez de me faire plus de soucis à ne pas boire que de me soucier de ma santé si je continue à boire.

Tous les soirs, après mon retour de thérapie, je pensais à ne pas boire. Je prenais toute mon énergie à passer la soirée à me dire: "Faut pas boire, faut pas boire!". Quel calvaire. J'y pensais au travail, j'y pensais dans la voiture, j'y pensais dans mes journées de congé. J'y pensais dans mes rêves aussi. C'était tellement difficile de m'abstenir que j'étais plus malade que lorsque je buvais chaque jour.

Les jours me paraissaient d'une durée de deux journées. Mon Dieu que c'est long et pénible! J'me lève le matin et j'me dis qu'il ne faut pas penser à l'alcool. Je reviens du boulot le soir et j'me dis qu'il ne faut pas que j'arrête à la SAQ. À la fin d'un jour, je regarde l'heure pour savoir si j'ai encore le temps d'aller m'acheter de l'alcool avant que le dépanneur ferme. J'y pense tout le temps!

Maudit que ma vie est mal faite! Quand je buvais à pu finir, je me sentais bien, je me sentais très bien. Avant, il y a 3 ans, je buvais chaque jour mon malheur et la joie m'envahissait. Maintenant, je soufre chaque jour. Je regrette d'avoir décidé un jour de suivre cette thérapie. Je regrette tellement d'avoir pris la décision d'aller dans ce groupe de thérapie pour mettre fin à ma dépendance à l'alcool.

J'y ai quand même passé de beaux moments. Des moments de sérénité que je voudrais bien revivre. Ce que je ne veux pas revoir, c'est l'instant après. Le retour à la maison. Le temps qui passe lorsqu'on retourne chez-soi et que l'on doit vivre avec les souvenirs et l'habitude de boire qui faut tuer. Je me rappelle l'été 2007 où j'ai patiné dans les rues sans l'hiver. Où j'ai cherché la réponse à une question qui n'avait aucun sens. Je n'ai jamais fumé autant de cigares de toute ma vie! De toutes les saveurs, des bonbons de toutes les couleurs et la fille du dépanneur, se demandait bien pourquoi je n'achetais plus de bière 5% mais, juste de la 0.5%. Elle ne me disait rien, mais je savais qu'elle savait...

Ce fut un moment tellement difficile, l'après thérapie. Ils nous avaient pourtant prévenu là-bas, au Nouveau-Brunswick. Ils nous avait tellement prévenu... Le un centième des douleurs qu'ils nous ont enseigné n'égale pas la souffrance vécue. Pendant 21 mois j'ai résisté. Une fois, j'étais en voiture, c'était l'hiver. Je suivais un camion de bière. Un maudit camion de bière avec sa publicité sur tout son long et derrière, une brou mousseuse d'un verre d'alcool. Quelle cruauté! Assise au volant, j'ai perdu la carte. L'eau à la bouche, je me disais que le monde n'était pas fait pour les abstinents alcooliques.

Et puis l'année 2008 s'est passé de la même manière que l'an d'avant. Et l'an 2009 c'est passé comme l'an 200... Non, pas vrai. En décembre 2008, je savais que j'allais en croisière en janvier 2009. Je serais très loin. Très très loin du Québec et surtout du centre de désintoxication. J'ai pris une décision avant d'arriver en janvier. J'ai dis à ma collègue de travail: "J'ai décidé que j'allais prendre un verre d'alcool sur le bateau". Et janvier est arrivé, j'ai pris mon premier verre après 21 mois d'abstinence...



À suivre...

4 commentaires:

Le Grand Flanc Mou a dit…

"je buvais chaque jour mon malheur et la joie m'envahissait"

C'est faux et tu le sais!

Arrête de te faire des accroires. Been there, done that...

C'est un long processus. Si je me souviens bien, j'avais eu un espèce de down moi aussi après quelques années mais ça a passé.n (On dirait que ça fesse comme par retardement...)

Faut pas lâcher ;)

Denise Girard (Soupir) a dit…

Comme le grand flanc mou dit...faut pas lâcher. Cette fausse impression du bonheur enivrant finira par passer et chaque jour tu auras la joie d'avancer dans la vie sans cette dépendance qui tue à petit feu.

Anonyme a dit…

J'en reviens pas de tout ce que tu as traversé et de tout ce que tu traverses encore aujourd'hui.Avoir été si proche voilà plusieurs années et ne rien voir de tout ça...Ca me désole de ne rien avoir vu,de ne rien avoir fait pour t'aider.J'ai passé beaucoup de beaux et bons moments avec toi et ça me fait de la peine de te voir si mal.Je veux juste te dire de ne pas lâcher...Je me doutes bien que c'est pas facile tout les jours,mais la vie est belle et il faut profiter de chaques moments de bonheur...Lâches-pas et continues d'écrire,tu dois surement aider quelqu'un quelque part...Tu devrais essayer de publier ton journal,je serais la première fan! Ta cousine Nan xxx

WebSyCreation a dit…

Merci beaucoup Nancie, Soupir et Le Grand Flan Mou. C'est vrai qu'il ne faut pas lâcher quand on a la volonté de continuer. Le problème avec moi, c'est que si j'abandonne quelques heures dans une journée, ça me prend 2 jours à remonter la pente. Pour moi, le non-abandon, c'est d'être encore envie en ce moment à vous écrire, même si j'ai repris l'alcool. Je ne me dis pas que c'est un échec, mais bien une épreuve. C'est à cause des problèmes de santé que j'avais arrêté et ce sera pour la même raison si je suis obligée d'arrêter encore. J'aurais besoin d'encadrement plus serré pour m'aider, mais malheureusement, je ne l'ai pas. Merci encore de me lire! Vous êtes si précieux ♥

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